Jeudi 8 octobre 2009
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*« Je suis assis dans mon bureau – c’est comme ça que l’histoire que
j’ai enregistrée commence – je suis assis dans mon bureau en Californie
– San Diego Californie – tout près du soleil – voilà huit ans que j’ai
emménagé ici pour finir mon travail et régler mes comptes avec moi-même
– je suis assis à mon bureau et regarde par la fenêtre la splendide vue
en face de moi – incroyable – la vallée les montagnes les arbres le ciel
les oiseaux qui voltigent dans le ciel – il faut voir ça – magnifique –
une bonne journée pour moi – je me sens bien – ça a commencé par une
partie de golf ce matin – j’ai fait un 81 – oui 81 – 38 sur les neuf
premiers trous – sept greens en régulation – deux birdies – les derniers
neuf trous un 43 – deux lousy bogeys – deux erreurs stupides – l’esprit
erre parfois quand on se balade dans la nature – mais un solide 81 c’est
pas mal pour un vieux bonhomme comme moi – ensuite retour à la maison
pour travailler sur /Mon corps en neuf parties /avec ses trois
suppléments – la version en anglais – /My Body in Nine Parts/ –
aujourd’hui je travaille sur mes cicatrices – dans un moment de
méditation j’ai levé les yeux là-haut sur les housses du ciel et sur le
somptueux paysage devant moi – incroyable – et j’ai pensé – quand tu
mourras tout cela s’éteindra – plus rien à voir – nothing more – juste
le noir – ce sera comme si tu plongeais dans un grand trou noir – la
tête la première qui fendra l’air – et dans ce tournoiement vers le
néant tout deviendra obscur et invisible – bien sûr ça n’engage que moi
de le penser et de le formuler comme ça – je me demande si cela suggère
la possibilité d’un après – d’un au-delà – d’une autre forme de vie
après la mort – je me serais alors trompé toute ma vie – non – je ne
vais pas tomber dans la grande connerie méta-pata-physique – non – pas
de tours de magie – pas de mensonge surhumain – pas d’intervention
divine – je suis un simple être humain – mortel – j’en suis conscient –
et pour l’heure je suis bien vivant – je m’en fous de l’au-delà – mais
pour nous divertir un peu imaginons-nous mort… »*
*/Les Carcasses/, Raymond Federman* Léo Scheer