Question 1 de Marie alias Madou : Juste un peu égocentrique?
c'est pour la posterite - quand les mecs et le gonzs du 26eme siecle
AF [AF ca veut dire apres Federman et non plus apres Jesus - Jesuis il peut aller se faire cuire unoeuf sur le plat -- nous somme maintenant - diront les mecs et le gonzs du 26eme siecle dans
l'aire federmanesque - l'aire de la liberte de pensee -- l'aire de l'abolition des regles - l'aire du fourire -- l'aire du I-don't-give-a-shit - l'aire du rien et du tout --
c'est pour ca que j'aime avoir tout ce qui se dit et s'ecrit sur moi -- le bon le bien le beau et le mauvais -- tout quoi -- moi ca me confirme que je suis encore la - encore en vie -- sinon je
pourrais pas lire ce qu'on dit sur moi et sur mon oeuvre - je pourrais pas parce que j'aurai change de galaxie - c'est donc les mecs et les gonzs intellectuo du 26eme siecle qui diront en lisant
mes archives quel mec bien ce federman devait etre pour qu'on dise des trucs comme ca sur lui -- et y aura meme une belle gonz du futur en costume du futur avec des cheveux futur qui dira j'aurais
bien voulu le connaitre ce mec federman il devait etre vachement sexy -- enfin la gonz du futur dira pas sexy parce dans le langage du future y aura un autre mot pour dire ca - mais je peux pas
vous dire ce qu'il sera puisque je suis pas encore dans l'aire futur - je suis seulement la cause de l'aire futur -- et la belle gonz du futur avec un poitrine plutot bien rebombee et arrondie
comme cela sera la mode dans l'air future
bon tu comprends ce que je voulais dire
garde ce que je viens de dire - je crois qu'on mettra ca dans un coin du livre
reflections de federman sur le futur
[Je te souhaite une excellente année 2006 ainsi qu'à tous ceux que tu aimes.]
ce que vous etes gentille...
Je pense à toi et à toute ta famille.
penser disait stendhal c'est souffrir
pensez moins jouissez plus
voici un pensee original de federman
n'oublie pas de m'envoyer ton texte inédit pour au père.
il est pas encore ecris - ce que je t;ai envoye tu a garde - c'etait le debut
ca va etre une texte self-reflexive qui dit comment il se fait au fur et a mesure qu'il se fait
comme ca je pourra tricher une peu en divertisant les lecteurs -- et raconter dand ce nouveau texte ce que je raconte dans ramona - mais ramona sera seulement le sous-texte -- le matelas si on peut
se permettre une metaphore faible -- sur lequel se couchera ce que j'inventerai au sujet de mon pere - parce que -- pour dire la verite -- je le connaissais a peine mon pere -- et ce que j;ai deja
dis dans ramona c'est tout ce que j'avais a dire sur mon pere cet etranger parmi nous - non c'est vrai que dans retour au fumier j'ai souvent parler de mon pere and racontant la ferme -- oui
surtout and je disais comment il etait artiste-peintre -- et trotskyiste -- oui faudra que je mette ca aussi sur le matelas - et il y a aussi le poeme en prose notre pere qui avait le droit de nous
devorer quand il rentrait a la maison affame -- mais a chaque fois il revenait pour nous raconter une histoire - non pas une histoire comme on lit dans les livres -- un histoire ce ce qu'il lui
etait arrive pendant les trois jours et trois nuit qu'il etait pas rentre chez nous -- nous les gosses on aimaient bien quand papa nous racontait ses histoires -- mais parce que nous etions des
gosses il nous racontait seulement les choses qu'il avait fait dans la journee - mais pas les choses qu'il faisait pendant la nuit quand il rentrait pas chez nous -- c'est mes tantes qui disaient a
me mere que son salaud de mari ete en train de coucher chez sa gonzesse -- enfin quelque chose comme ca - parce que les soeurs de ma mere lui disait ca en yiddish - et nous les gosses on comprenait
quelques mots yiddish -- surtout les mots que notre pere et l'oncle leon se gueulaient au visage a chaque fois qu'il se voyait --
donc on comprenait pas ce que nos tantes disaient a notre mere sur ce que notre pere faisait pendant la nuit quand il rentrait pas coucher chez nous -- nous on disait a maman - ou il est papa ce
soir -- quest-ce qu'il fait pendant la nuit -- et maman nous disait - chut -- gaye sclafen -- et elle nous embrassait --
et nous mes soeurs et moi dans le noir apres que maman avait eteint la lumiere on lui criait -- est-ce qu'il a pas peur papa tout seul la-bas dans le noir -- et maman disait - chut - slaff --
mais quand paper rentrait tout affame de nous nous les gosses on lui disait tout de suite apres qu'il nous avait embrasse -- papa tu vas nou raconter ce que tu faisais dans le noir -- on disait ca
en grattant la joue parce que papa s'etait pas rase pendant 3 jours et 3 nuit et sa barbe nous grattait quand il nous embrassait --
bon eh bien voila encore un petit morceau que je vais ajouter a cette nouvelle version de mon pere
madou garde tout cela --
c'est toi qui va mettre les morceaux que je t'envois en un version acceptable pour madame catherine --
ok
je t'ai deja envoye plusieurs morceaux --
celui-ci
je pensais à autre chose au sujet de mon père
il s'engueulait tout le temps avec mon oncle Léon -- mais toujours en Yddish -- alors moi quand j’étais gosse j'ai appris des tas d'insultes yiddish dont je me souviens encore - mais je peux
seulement les dire – je sais pas comment on les écrits --
par exemple cette insulte – je te l’écris comme je l’entends quand je la dis maintenant --
gaye im drerde
traduit littéralement je crois que ça veut dire – go ino the earth – va t’enterrer
il va falloir que j’explore tout ça et je j’essaye de me souvenir des autres insultes que mon père et Léon se gueulaient --
tiens celle-ci
ver fabluljet mit a cibelless in dem touress
va te faire enterrer avec un oignon dans le cul
go bury yourself with onion up your ass
Tiens j’ai une idée - si au milieu de notre entretien on mettait un morceau d’en entretien que j’ai fait avec un gars qui s’appelle andré* - il dit qu'il te connaîr – c’était pour une revue de
bordeaux : The spirit, je crois - comme ça andré nous aiderais pour continuer le livre
*André Paillaugue
voila ce que je disais a andré :
Bon si on va bavarder on passe directement au prénom --
Je me souviens avoir été intrigué par votre lecture mais je ne me souviens plus du sujet --
Oui je commence à avoir des trous dans la tête – vous savez -- l’âge – et puis aussi le soleil de la Californie vous rend un peu complacent -- comme on dit ici
Vous avez remarqué que j’ai déjà commencé notre interview – que je suis en train de répondre à votre première question --
Vous me demandez de me présenter --
Pas facile parce que ces derniers temps j’ai fait tellement d’entretiens je crois avoir tout dit sur ma vie et mon oeuvre – quatre heures avec Laure Adler pour A voix nue qui vient de passer sur
France Culture – quatre heures avec Thierry Guichard pour le dossier Federman dans le dernier numéro du Matricule des Anges – en plus le dossier Federman de 70 pages dans la numéro 9 de la revue
Fusées – aujourd’hui Pascale Casanova dans son programme des Mardis Littéraires discutait avec deux autres critiques mon Retour au fumier – et je sais plus quoi --
C’est affolant – parce que voilà que vous me demandez une autre interview -- mais j’ai tout dit c’est dernier temps – j’ai pas arrêté de raconter ma vie -- réelle ou imaginée --
Bon mais il faut quand même que je profite de cette occasion et que je dise quelque chose que je n’ai pas encore dit -- sinon on dira que Federman ne fait que se répéter – et qu’il n’a plus rien à
dire --
Justement en écoutant ce matin la discussion autour de mon Retour au fumier je me suis mis à réfléchir sur ce livre et j’ai écrit un petit texte que je vous mets ici comme réponse à votre première
question --
Mais d’abord il faut que je vous explique pourquoi et à qui j’ai écrit ce texte --
Je ne sais pas si vous connaissais Catherine Flohic des éditions Argol. Catherine Flohic veut faire un livre sur moi dans sa collection Les singuliers – un portrait de Federman sous la
forme d’un long entretien – elle a demandé à Marie Delvigne – une bonne amie avec qui j’ai fait un livre que justement Catherine Flohic va publier
vous voyez je suis en train de me présenter – à ma manière –
Ce livre s’intitule Au Père – c’est une collection de textes par un nombre d’écrivains français et américains au sujet de leur père – Marie et moi avons aussi contribué un texte à ce livre --
j’espère que vous avez compris qu’un entretien avec Federman ne peut se faire que par digressions – c’est ainsi aussi qu’il écrit ses livres --
Donc je disais que Marie Delvigne [écrivain de grand talent] et moi [écrivain qui commence à être connu en France] vont faire ce livre ensemble pour la collections des singuliers – et c’est à elle
qu’est adressé le petit texte que j’ai écrit inspiré par la discussion de mon roman par Pascale Casanova et deux autres critiques --
voici ce que j’ai écrit à Marie Delvigne --
J’écoutais Pascale Casanova et deux autres critiques discuter mon Retour au Fumier et ça m’a donné une idée pour le début de notre livre --
mais d’abord le titre du livre – FEDERMAN SANS LIMITES – propose ça à Catherine --
bon mon idée pour comment on va commencer le livre --
en fait ce que je t’écris en ce moment ça pourrait être les première phrases du livre – ou disons ce que je te répondrai à ta première question --
ta première question?
Parle nous un peu de ta souffrance dans la ferme?
Et moi je me lance --
De bonnes choses on été dites sur mon Fumier ce matin – mais on a aussi dit que ce livre n’était pas aussi élaboré que les autres – pas aussi compliqué que les autres romans --
C’est vrai – c’est juste une histoire -- ou disons plutôt un morceau de l’Histoire --
J’ai retenu quatre mots dans la discussion de ce Mardi Littéraire de Pascale Casanova --
quatre mots qui en fait décrivent pas mal ce livre mais toute l’oeuvre Federman
voici les 4 mots :
beau -- émouvant --
mince – agaçant --
deux mots positifs
deux mots pas vraiment négatifs mais ...
Eh bien oui, toujours le MAIS .... MAIS ...
Il faut ce MAIS -- si c’était parfait on pourrait plus continuer --
Digression #1 – oui on donnera des numéros aux digressions essentielles pour que le livre puisse avancer – sans digressions je tombe en panne – dans ce livre on fera aussi attention à la
disposition des mots sur les pages – on travaillera la typographie [digression dans la digression #1-- il faudra aussi s’entendre sur la ponctuation ou le manque de ponctuation – ça serait
marrant d’écrire tout le livre sans ponctuation] – finalement ce livre sera écrit puisque nous le ferons pas de vive voix mais par communication électronique donc le texte se fera par écrit
et non pas oralement -- c’est important de préciser cela au lecteur [fin de la digression #1]
Mais ... Mais .. Beau et émouvant
Bon j’accepte que ce livre est peut-être beau [c’est pas à moi de le dire] et émouvant [ça oui je l’ai senti en l’écrivant ce livre]
Beau mais j’espère pas dans le sens que mon livre tombe dans les Belles-Lettres --
Pas de danger de ce côté -- y a trop d’obscénité dedans – trop de fumier aussi – on en a par-dessus de la tête du fumier de Federman – j’aurais dû appeler ce livre Portrait de l’artiste en
jeun homme dans la merde jusqu’au genoux –
Je fais pas des Belles-Lettres -- je fais des Moches-lettres
Mais ... Mais .. C’est mince et agaçant
Là -- j’ai du réfléchir
Oui c’est vrai que finalement pas grande chose est dit au sujet de la souffrance de la peur de la solitude la loneliness les illusions les désirs les rêves les cauchemars de ce petit garçon – mais
le dire serait justement tomber dans le naturalisme – on peut pas faire autrement quand on se met à décrire la souffrance – ne pas dire est plus fort parfois que de dire – mais c’est quand
même agaçant pour le lecteur qui veut tout savoir --
C’est vrai il manque une épaisseur à ce Retour au Fumier – je le sentais quand je me suis arrêté d’écrire ce livre – il y avait encore tellement à dire – et pourtant je sentais qu’un mot de
plus pouvait tout démolir –
Retour au Fumier – le titre – tiens personne à essayer d’expliquer ce que veut vraiment dire ce titre –
Oui bien sûr retour à la ferme –
Mais derrière ce retour [en profondeur dans le temps] il y des échos de ce qui a déjà été dit dans d’autres parties du grand livre que Federman écrit depuis plus de 40 ans – déjà dit ou pas
dit –
Je sais – il est chiant Federman avec les trous qu’il laisse partout dans ses écrits – ah les trous de Federman --
Retour au Fumier c’est seulement une partie -- une partie un peu mince – d’accord – du grand livre –
Au début de La Fourrure de ma tante Rachel l’écouteur professionnel demande à Namredef pourquoi il est revenu en France --
Ah tu veux savoir – répond Federman forcément renversé dans son nom puisqu’il vient de revenir en arrière – Ah tu veux savoir pourquoi je suis revenu dans ce fumier de pays --
Ce livre n’est pas seulement l’histoire de la ferme c’est aussi l’Histoire de la France – à cette époque --
bon d’accord – on aurait pu en dire plus – mais ça aurait simplement répété ce qu’on sait déjà sur ce fumier de pay – où .....
Où ... bon pas la peine de raconter cette sordide histoire encore une fois – ceux que cela peuvent aller écouter A Voix nue ou lire le Matricule des Anges --
No -- better digress --
Oui c’est sans doute agaçant de lire un livre qui vous promet des tas d’histoires qui ne sont jamais racontées – bon peut-être pas dans cette partie du grand livre -- mais peut-être dans
d’autres parties du grand livre sans limites que Federman écrit depuis plus de 40 ans dans des tas de formes et de genres connus et inconnus --
Retour au Fumier n’a peut-être pas l’épaisseur typographique de Quitte ou Double et d’Amer Eldorado ni l’épaisseur narrative de La Fourrure de ma tante Rachel ou l’épaisseur historique de La Double
Vibration ni l’épaisseur syntactique de La voix dans le Débarras --
Ici on a envie de citer Diderot – euh – plus ou moins fidèlement pour la commodité du récit --
Ah! Lecteur, la patience avec laquelle vous m’écoutez me prouve le peu d’intérêt que vous prenez à mes [deux] personnages, et je suis tenté de les laisser où ils sont.
Ou mieux encore –
– Où? – Où? Lecteur, vous êtes d’une curiosité bien incommode! Et que diable cela vous fait-il? Quand je vous aurai dit que c’est à Montrouge ou à Montflanquin ou à
Nouillorque ou à Tokyo ou à St-Jacques de Compostelle, en serez-vous plus avancé? Si vous insistez, je vous dirai que je m’achemine vers .... oui, pourquoi pas? Vers un château immense
... oui celui de Marguerite ... au frontispice duquel on peut lire : Je n’appartiens à personne et j’appartiens à tout le monde. Vous y étiez avant que d’y entrer, et vous y serez
encore quand vous en sortirez.
Voilà ce que la discussion de Pascale avec ces deux gars qui disaient beaucoup de bien de mon bouquin m’a fait penser --
Ah! La souffrance dans la ferme? Ta question --
Eh ben, elle est là, derrière les mots, entre les mots dans le reste du grand livre --
Passons à la question suivante.
madou* regarde je viens de faire un montage des trucs qu'on s'ai deja dit au sujet du livre federman sans limites
j'ai mis tous les morceaux les uns apres les autres et on a deja 10 pages du bouquin
*Madou = Marie Delvigne
tu verras c'est vraiment un beau texte notre DEBUT -- un peu incoherent - mais justement c'est comme ca que ma vie a commencee -- comme j'ai ecrit dans ma mini-autobiographie - A Version of my Life
-- ca existe seulement en francais mais tiens pour le livre faudrait faire traduire -- peut-etre que nicole mallet le ferai - mais faudra la payer -- demande a catherine ce qu'elle pense d'avoir
dans le livre mon texte intitule -- Une version de ma vie -- c'est une trentaine de pages -- c'est le debut de ma vie --
je disdais - comme j'ai ecrit dans mon autobiographie -- my life began in incoherence and discontinuity
donc le debut de notre livre doit se faire dans l'incoherence et le manque de continuite -- dans le sorte de desordre qu'a ete le debut de ma vie -- et comment de ce desordre est sorti le dernier
des federman
ah oui faudrait aussi inclure dans le livre federman sans limits le texte que j'ai ecrit qui s'appelle Federman -- c'est au sujet du nom federman -- et dans ce texte je dis que je suis le dernier
de federman plus d'homme federman apres moi - ah mais il y a simone - et simone elle toute federman --
oui faudra aussi faire traduire ce texte -- tiens peut-etre que je le ferai moi-meme - c'est un texte que j'aime beaucoup -- et tu sais pourquoi
parce que moi je le trouve vraiment bien ce nom federman --il me va bien --
tiens faudra que tu me pose une question sur mon nom - ce qu'il veut dire -- et la dans la marge du livre on mettra mon texte federman
je precise - tout ce que je suis en train de t'ecrire ce ne sont pas des notes ou des idees vagues - c'est un morceau du livre que nous sommes en train d'ecrire -- tu mets tout ce que je viens de
t'ecrire dans le livre sans rien changer
ce livree doit montrer quand il s'est fait -- c'est a dire - self-reflexively - la maladie incurable de federman la self-reflexiveness --
et justement puisqu'en ce moment nous sommes en train de discuter les origins de ma vie c'est parfait --on colle Une version de ma vie ici
donc touche pas - on publie exactement comme on se parle
mais tout a coup j'ai une idee
si dans le livre on s'interpelait comme ca - toi tu dirais
Monsieur Federman pourriez-vous nous dire votre pere
et moi je repondrai
Mais justement Madame Delvigne j'allais vous parler de lui -- mon pere -- cet etranger parmi nous
Cher André
Bon si on va bavarder on passe directement au prénom --
Je me souviens avoir été intrigué par votre lecture mais je ne me souviens plus du sujet --
Oui je commence à avoir des trous dans la tête – vous savez -- l’âge – et puis aussi le soleil de la Californie vous rend un peu complacent -- comme on dit ici --
Vous avez remarqué que j’ai déjà commencé notre interview – que je suis en train de répondre à votre première question --
Vous me demandez de me présenter --
Pas facile parce que ces derniers temps j’ai fait tellement d’entretiens je crois avoir tout dit sur ma vie et mon oeuvre – quatre heures avec Laure Adler pour A voix nue qui vient de passer sur
France Culture – quatre heures avec Thierry Guichard pour le dossier Federman dans le dernier numéro du Matricule des Anges – en plus le dossier Federman de 70 pages dans la numéro 9 de la revue
Fusées – aujourd’hui Pascale Casanova dans son programme des Mardis Littéraires discutait avec deux autres critiques mon Retour au fumier – et je sais plus quoi --
C’est affolant – parce que voilà que vous me demandez une autre interview -- mais j’ai tout dit c’est dernier temps – j’ai pas arrêté de raconter ma vie -- réelle ou imaginée --
Bon mais il faut quand même que je profite de cette occasion et que je dise quelque chose que je n’ai pas encore dit -- sinon on dira que Federman ne fait que se répéter – et qu’il n’a plus rien à
dire --
Justement en écoutant ce matin la discussion autour de mon Retour au fumier je me suis mis à réfléchir sur ce livre et j’ai écrit un petit texte que je vous mets ici comme réponse à votre première
question --
Mais d’abord il faut que je vous explique pourquoi et à qui j’ai écrit ce texte --
Je ne sais pas si vous connaissais Catherine Flohic des éditions Argol. Catherine Flohic veut faire un livre sur moi dans sa collection Les singuliers – un portrait de Federman sous la
forme d’un long entretien – elle a demandé à Marie Delvigne – une bonne amie avec qui j’ai fait un livre que justement Catherine Flohic va publier –
vous voyez je suis en train de me présenter – à ma manière –
Ce livre s’intitule Au Père – c’est une collection de textes par un nombre d’écrivains français et américains au sujet de leur père – Marie et moi avons aussi contribué un texte à ce livre --
j’espère que vous avez compris qu’un entretien avec Federman ne peut se faire que par digressions – c’est ainsi aussi qu’il écrit ses livres --
Donc je disais que Marie Delvigne [écrivain de grand talent] et moi [écrivain qui commence à être connu en France] vont faire ce livre ensemble pour la collections des singuliers – et c’est à elle
qu’est adressé le petit texte que j’ai écrit inspiré par la discussion de mon roman par Pascale Casanova et deux autres critiques --
voici ce que j’ai écrit à Marie Delvigne --
J’écoutais Pascale Casanova et deux autres critiques discuter mon Retour au Fumier et ça m’a donné une idée pour le début de notre livre --
mais d’abord le titre du livre – FEDERMAN SANS LIMITES – propose ça à Catherine --
bon mon idée pour comment on va commencer le livre --
en fait ce que je t’écris en ce moment ça pourrait être les première phrases du livre – ou disons ce que je te répondrai à ta première question --
ta première question?
Parle nous un peu de ta souffrance dans la ferme?
Et moi je me lance --
De bonnes choses on été dites sur mon Fumier ce matin – mais on a aussi dit que ce livre n’était pas aussi élaboré que les autres – pas aussi compliqué que les autres romans --
C’est vrai – c’est juste une histoire -- ou disons plutôt un morceau de l’Histoire --
J’ai retenu quatre mots dans la discussion de ce Mardi Littéraire de Pascale Casanova --
quatre mots qui en fait décrivent pas mal ce livre mais toute l’oeuvre Federman
voici les 4 mots :
beau -- émouvant --
mince – agaçant --
deux mots positifs
deux mots pas vraiment négatifs mais ...
Eh bien oui, toujours le MAIS .... MAIS ...
Il faut ce MAIS -- si c’était parfait on pourrait plus continuer --
Digression #1 – oui on donnera des numéros aux digressions essentielles pour que le livre puisse avancer – sans digressions je tombe en panne – dans ce livre on fera aussi attention à la
disposition des mots sur les pages – on travaillera la typographie [digression dans la digression #1-- il faudra aussi s’entendre sur la ponctuation ou le manque de ponctuation – ça serait
marrant d’écrire tout le livre sans ponctuation] – finalement ce livre sera écrit puisque nous le ferons pas de vive voix mais par communication électronique donc le texte se fera par écrit
et non pas oralement -- c’est important de préciser cela au lecteur [fin de la digression #1]
Mais ... Mais .. Beau et émouvant
Bon j’accepte que ce livre est peut-être beau [c’est pas à moi de le dire] et émouvant [ça oui je l’ai senti en l’écrivant ce livre]
Beau mais j’espère pas dans le sens que mon livre tombe dans les Belles-Lettres --
Pas de danger de ce côté -- y a trop d’obscénité dedans – trop de fumier aussi – on en a par-dessus de la tête du fumier de Federman – j’aurais dû appeler ce livre Portrait de l’artiste en
jeun homme dans la merde jusqu’au genoux –
Je fais pas des Belles-Lettres -- je fais des Moches-lettres
Mais ... Mais .. C’est mince et agaçant
Là -- j’ai du réfléchir
Oui c’est vrai que finalement pas grande chose est dit au sujet de la souffrance de la peur de la solitude la loneliness les illusions les désirs les rêves les cauchemars de ce petit garçon – mais
le dire serait justement tomber dans le naturalisme – on peut pas faire autrement quand on se met à décrire la souffrance – ne pas dire est plus fort parfois que de dire – mais c’est quand
même agaçant pour le lecteur qui veut tout savoir --
C’est vrai il manque une épaisseur à ce Retour au Fumier – je le sentais quand je me suis arrêté d’écrire ce livre – il y avait encore tellement à dire – et pourtant je sentais qu’un mot de
plus pouvait tout démolir –
Retour au Fumier – le titre – tiens personne à essayer d’expliquer ce que veut vraiment dire ce titre –
Oui bien sûr retour à la ferme –
Mais derrière ce retour [en profondeur dans le temps] il y des échos de ce qui a déjà été dit dans d’autres parties du grand livre que Federman écrit depuis plus de 40 ans – déjà dit ou pas
dit –
Je sais – il est chiant Federman avec les trous qu’il laisse partout dans ses écrits – ah les trous de Federman --
Retour au Fumier c’est seulement une partie -- une partie un peu mince – d’accord – du grand livre –
Au début de La Fourrure de ma tante Rachel l’écouteur professionnel demande à Namredef pourquoi il est revenu en France --
Ah tu veux savoir – répond Federman forcément renversé dans son nom puisqu’il vient de revenir en arrière – Ah tu veux savoir pourquoi je suis revenu dans ce fumier de pays --
Ce livre n’est pas seulement l’histoire de la ferme c’est aussi l’Histoire de la France – à cette époque --
bon d’accord – on aurait pu en dire plus – mais ça aurait simplement répété ce qu’on sait déjà sur ce fumier de pay – où .....
Où ... bon pas la peine de raconter cette sordide histoire encore une fois – ceux que cela peuvent aller écouter A Voix nue ou lire le Matricule des Anges --
No -- better digress --
Oui c’est sans doute agaçant de lire un livre qui vous promet des tas d’histoires qui ne sont jamais racontées – bon peut-être pas dans cette partie du grand livre -- mais peut-être dans
d’autres parties du grand livre sans limites que Federman écrit depuis plus de 40 ans dans des tas de formes et de genres connus et inconnus --
Retour au Fumier n’a peut-être pas l’épaisseur typographique de Quitte ou Double et d’Amer Eldorado ni l’épaisseur narrative de La Fourrure de ma tante Rachel ou l’épaisseur historique de La Double
Vibration ni l’épaisseur syntactique de La voix dans le Débarras --
Ici on a envie de citer Diderot – euh – plus ou moins fidèlement pour la commodité du récit --
Ah! Lecteur, la patience avec laquelle vous m’écoutez me prouve le peu d’intérêt que vous prenez à mes [deux] personnages, et je suis tenté de les laisser où ils sont.
Ou mieux encore –
– Où? – Où? Lecteur, vous êtes d’une curiosité bien incommode! Et que diable cela vous fait-il? Quand je vous aurai dit que c’est à Montrouge ou à Montflanquin ou à
Nouillorque ou à Tokyo ou à St-Jacques de Compostelle, en serez-vous plus avancé? Si vous insistez, je vous dirai que je m’achemine vers .... oui, pourquoi pas? Vers un château immense
... oui celui de Marguerite ... au frontispice duquel on peut lire : Je n’appartiens à personne et j’appartiens à tout le monde. Vous y étiez avant que d’y entrer, et vous y serez
encore quand vous en sortirez.
Voilà ce que la discussion de Pascale avec ces deux gars qui disaient beaucoup de bien de mon bouquin m’a fait penser --
Ah! La souffrance dans la ferme? Ta question --
Eh ben, elle est là, derrière les mots, entre les mots dans le reste du grand livre --
Passons à la question suivante.
Je connais bien le raconteur je te l'ai fait lire à Avignon
mais oui bien sur que tu connais - mais je crois que ce texte devrait figurer quelque part dans le livre - donc tu le garde --
Je te renvoie le texte direct ici sur la page
A PROPOS DE TA FAMILLE DU COTE DE TA MERE DANS LE RETOUR AU FUMIER TU DIS QU ILS ETAIENT TOUS PLANQUES LA BAS A MONTFLANQUIN. ILS T ONT MEME PAS AIDES C FOU
a Montflanmquin il y avait
oncle maurice et tant nenette qui habitaient deja la depuis 1940
sont venus de paris pour se planquer
tante marie
oncle leon
cousin marco
tante sarah avec sa petite fille solange [qui devait avoir 4 ou 5 ans - solange je t'en parlerai - elle a epouse un africain de la cote d'ivoire et vit depuis 1958 en cote d'ivoire]
et ma grand-mere maternelle qui est morte a montflanquin pendant la guerre d'une mort naturelle
QUAND TU ES ARRIVE LA BAS TOUT SEUL, EST CE QU ILS T ONT PARLE DE TES PARENTS ET TES SOEURS DE CE QU IL LEUR ETAIT PEUT ETRE ARRIVES ?
j'ai l'impression qu'ils ne parlaient jamais de mes parents et me soeurs -- petu-etre parce qu'ils se sentaient coupables de ne pas les avoir aides a s'echapper comme eux - et s'ils parlaient d'eux
moi j'etais pas la - car quelques jours apres mon arrivee a montflanquin j'etais deja en train de travailler dans une ferme --
par-dessus le marche ils parlaient le plus souvent en yiddish dans cette famile et moi je comprenais pas tres bien --
mais - et ceci est interessant - petit a petit - ils commencerent a ne plus parler Yiddish par peur d'etre reconnus comme juifs - et meme apres la guerre ils ne parlaient plus en yiddish
EN FAIT ILS ONT PARTICIPE A TON ESCLAVAGISME?
si on peut dire
MAIS QUAND LES ALLEMANDS ONT FRANCHI LA LIGNE DE DEMARCATION Où SONT ILS TOUS PARTIS ? C'est pas très clair dans LE FUMIER. Il n'y a que Maurice et sa femme Nénette qui seraient restés?
il faut que tu comprennes que meme si les allemands occupaient maintenant toute la france - ils n'etaient pas partout dans tous les coins de la france - je me souviens que quand les allemands
montaient a Montlfanquin les hommes juifs disparaissaient --
faut aussi se souvenir que le sale boulot etait fait par les miliciens de Petain plutot que les allemands
A propos du retour au fumier, ce qui m'a vraiment étonnée, c'est que pour la première fois , tu prends comme interlocuteur - récepteur [ toi tu dis, enregistreur]un être non fictif, Erika, ton
épouse ? Ou alors j'ai rien compris? C'est peut-être pas elle, vraiment?
oui je crois que c;est la premiere fois que je prends ERICA [avec un C Madou] comme interlocuteur -- je crois que c'est parce que nous avons vraiment fait ce voyage ensemble de Paris a Montflanquin
a la recherche de la ferme
mais Erica est en train de devenir de plus enplus presente dans ce que j'ecris.
Elle est presente dans le livre de sam -- et dans certains des textes de mon nouveau livre qui vient de sortir - MORE LOOSE SHOES & SMELLY SOCKS
en fait je dirai que depuis Retour au fumier je me rapproche de plus en plus des vrais evenements de ma vie - mais cela ne veut pas dire que j'ecris de l'autofiction ou de l'autobiogrpahie - ce que
jecris c'est toujours de la fiction - en tout c'est ce que je crois - si les autres croient autre chose c'est leur probleme
je te donne le copié / collé du PJ sur ta mère :
QUE DIRE DE MA MÈRE
Je sais pas grand chose sur les origines de ma mère. Je te fais une petite histoire de ce que je sais.
Je commence avec les détails donnés sur l’Extrait des minutes des actes de Naissance du 5ème Arrondissement de Paris – Année 1902.
Je ne sais pas comment j’ai obtenu ce document. Il était sans doute dans la boîte à chaussure que j’ai trouvé dans une débarras quand je suis revenu à Paris après la guerre.
Voici ce qui est dit sur ce vieux papier jauni. Je cite exactement.
Le dix septembre mil neuf deux, une heure du soir, est née rue Saint Séverin 8, Marguerite, du sexe féminin; de Salomon EPSTEIN et de Rose VARSELDORF, SON Épouse. MariEe à Paris, 4ème, le
vingt-huit janvier mil neuf cent vingt-six, avec Szama FEDERMAN.
Pour extrait conforme
Paris, le cinq décembre mil neuf cent quarant-et-un
Voilà les faits essentiels. Sur cet extrait il y à un timbre qui dit Papier Spécial 9F.
[tu pourrais m'envoyer une photocopie de ce papier et me l'envoyer par courrier ? je pourrais le scanner?
NON JE PEUX PAS TE L'ENVOYER -- IL EST TROP PRECIEUX ET EN TRES MAUVAIS ETAT - PAPIER TOUT JAUNI ET MEME UNPEU DECHIRE
JE PEUX TE FAIRE UNE PHOTO COPIE -- MAIS C'EST PAS PRESSE - QUAND ON SERA PRET A METTRE CE GENRE DE TRUC DANS LE LIVRE JE T'ENVERRAI
POUR LE MOMENT ON EST ENCORE DANS LE STAGE DE LA PREPARATION
Je n’ai aucune idée pourquoi ma mère avait besoin de ce document en 1941. Sans doute pour prouver son identité en temps que juive française puisque c’est à peu près à cette date qu’elle a dû coudre
l’étoile jaune sur ses vêtements et ceux de son mari et de ses enfants.
Tu remarqueras que le prénom de mon père est donné comme Szama, qui était son nom juif. Je ne sais pas si Szama veut vraiment dire Simon. Le nom sous lequel je connaissais mon père.
En tout cas mon père a épousé ma mère en 1926. Elle avait 24 ans. Mon père, en avait 22. Il était plus jeune que ma mère. Ma soeur, Sarah, leur premier enfant, est née le 21 octobre.
Ma mère avait 5 soeurs et deux frères.
Voici l’ordre de la naissance des 8 Epstein.
Fanny
Jean
Marie
Léa
Marguerite
Maurice
Rachel
Sarah
Sauf pour Marguerite tous les oncles et tantes sont morts après la guerre d’une mort naturelle.
Tous entre 75 à 80 ans
Ma mère n’avait pas encore 40 ans quand on l’a exterminée à Auschwitz. Il y a des documents qui confirment ceci.
[ Des documents? quels documents?]
DES ACTES DE DECES QUE J'AI OBTENU DU MINISTERE DES VICTIMES DE LA GUERRE QUAND J'AI ESSAYE DE TOUCHER DES REPARATIONS --mais on ma rien donne -- je te ferai aussi des copies quand le moment
viendra
[on dirait que tu as à leur égard une vraie colère : comme si cette famille était responsable quelque part de la disparition des tiens : tes parents et tes deux soeurs , après tout ils ont commencé
par vous abandonner non? tu en parles très bien dans la fourrure de ma tante rachel]
oui je crois avoir fait ressentir ma colere envers cette famille dans La fourrure car en fait ils nous ont abandonnes -- et quand moi je suis rentre a Paris apres la guerre personne voulait
s'occuper de moi --
pendant un certain tems je couchais dans notre appartement [enfin dans cette chambre unique au 3eme etage du 4 rue louis rolland] dans l'immeuble qui appartenait a mon oncle leon et ma tant marie
-- je couchait sur un vieux matelas par terre parce qu'il y avait plus rien chez nous - tout avait ete pique --
quelques jours apres me retour a paris je travaillais dans une usine ou on faisait des tubes pour la pates dentrifice - et le vendredi quand on me paye [on me donnait une petite envelope avec de
l'argent que j'avais gagne pendant la semaine] je donnais l'envelope a ma tante marie -- dans un sens je lui paye mon loyer et aussi la bouffe qu'on me donnait. Marie me donne quelques francs pour
que je puisse sortir le dimanche. Mais apres quelques mois je me suis tire et j;ai pris une chambre a montparnasse - je gagne un peu d'argent en plus en faisant du marche noir
[ tu règles quelques comptes dans ce roman?
oui je regles mes comptes avec ma famille mais aussi avec la france --
- Et tes grands parents venaient de Palestine? Je ne comprends pas bien
Je m’imaginais toujours que mes grands-parents maternels venaient de Pologne. Mais un jour, après la guerre, quand je suis revenu à Paris je visitais ma tante Fanny, que j’aimais bien,
mais dont je détestais son mari, oncle Nathan, qui a fini sa vie dans un asile de fou. Mais ça c’est une autre histoire. Je demandais à ma tante de me dire d’où en Pologne mes grands-parents
étaient venus. Tante Fanny me dit : Oh non, mon père et ma mère vivaient en Palestine. Oui, nous sommes des juifs palestiniens. Mais de Palestine nos parents sont partis en Pologne. Me demande pas
pourquoi. C’était de la folie. Moi et ton oncle Jean, nous sommes nés en Palestine. Marie et Léa en Pologne. Ta mère Margot [c’est comme ca que tout le monde dans la famille appelait ma mère] était
la première à être née en France. Et les trois autres après elle.Voilà donc pour les origines de ma mère. Tous les membres de cette famille parlaient Yiddish.
[donc tu ne sais pas pourquoi ils ont émigrés...tu n'as pas de traces de ça...Et Sarah, ta cousine, que tu considères comme une soeur, repartira après la guerre en Israel, pour boucler la
boucle?
non je n'ai pas de traces. Ma cousine Sarah est du cote de mon pere - elle n'a rien a voir avec la famille de ma mere -- donc c'est une autre histoire qui fait partie de l'histoire de mon pere.
en fait elle n'est pas la seule du cote de la famille de mon pere a etre partie en Israel - -mon cousin roger et sa femme rosa sont aussi partie en isreal - et aussi ma cousine Alice - ils vivent
tous encore en israel - mais c'est avec ma cousine Sarah que je suis le plus proche - elle est comme une soeur - elle aussi la seule survivante de sa famille - pere mere et deux frere extermines a
auschwitz --
tu n'as pas encore lu A QUI DE DROIT -- il faut que tu lises ca
- Et ton grand-père meurt très tôt
jamais connu de grand-pere - des deux cotes
Oui, j’ai connu ma grand-mère mais non pas mon grand-père qui est mort en 1910. Je raconte dans La Fourrure de ma Tante Rachel comment il est mort pendant la grand inondation de Paris en 1910.
Veuve avec 8 enfants, ma grand-mère mis trois des enfants dans un orphelinat juif. La maison Rotschild. Marguerite, Maurice, Rachel. Je raconte un peu dans La Fourrure de ma Tante Rachel ce
qu’était leur vie dans cet orphelinat, et comment tante Rachel s’échappa à l’âge de 14 ans. L’histoire de l’orphelinat c’est de ma mère que je la tiens/
[ta tante Rachel est quelqu'un de très libre, non?]
je sais pas ce que tu veut dire par tres libre - mais elle a eu une vie interessante - je crois l'avoir pas mal reconstruite dans la fourrure
[ pourquoi as-tu fais le choix de cette photo en couverture de ce roman paru chez Al dante?:[as-tu remarqué que ta tante Marie est en robe à fleurs et que ta mère est en « robe d'orphelinat »?
j'ai choisi cette photo parce que je n'ai pas de photo de ma tante rachel
mais tu te trompes sur la tante qui est dans la photo
assise c'est ma grand-mere avec sur ses genoux mon cousin marco [son vrai nom c'etait salomon mais pendant la guerre le nom salomon etait dangereux donc il s'est appele Marco - son nom de famille
c'etait Marcowski]
c'est ma tante Sarah qui est dans la photo avec sa robe a fleur - la plus jeune des 8 enfants -- de l'autre cote ma mere dans son costume d'orphelinat -- elle doit avoir dans les 17 ou 18 ans
--
- Et les autres enfants donc ?
Fanny, Jean, et Marie ont dû travailler pour soutenir la famille. Sarah, qui n’avait que quelques mois quand le grand-père est mort est restée avec la grand-mère.
Ma mère est restait dans l’orphelinat jusqu’à l’âge de 18 ans. Quand elle est sortie elle faisait de la couture. Il se peut, mais je n’ai aucune preuve, que son mariage ait été arrangé par la
Maison Rotschild
- Ah bon?
enfin c'est ce que Erica et moi on croit
Oui, ça se faisait beaucoup à l'époque, Szama Federman étant arrivé de Pologne sans un sou, la Maison Rotschild donnait une petite dot aux orphelines quand elles avaient l’âge de sortir de
l’orphelinat et arrangeaient même leur mariage.
- Elle était belle ta mère?
non elle etait pas tres belle - et toujours mal habillee
Ma mère n’était pas très belle, non. petite. Et en plus elle louchait. Mais elle avait un coeur d’or, comme on dit. Et tout le monde après la guerre disait que c’était une sainte.
Je crois que j’étais le chouchou de ma mère. J’étais tellement chétif, peureux, timide, rachitique quand j’étais petit garçon, ma mère essayait toujours de me protéger. Et elle me donnait toujours
un peu plus à manger qu’à mes deux soeurs, Sarah et Jacqueline.
- Oui le fameux épisode de l'éclair au chocolat
classique cet eclair au chocolat
Oui, une fois, même, c’était mon anniversaire, et ma mère m’a acheté un éclair au chocolat quand on était dans une boulangerie, mais elle m’a dit de le manger dans la rue et de ne rien dire à mes
soeurs. Elle n’avait pas assez d’argent pour pouvoir acheter trois éclairs. On était très pauvre. Ça c’est parce que mon père ne pouvait pas travailler. Il était tuberculeux.
Bon je saute le reste de la sordide histoire de mon enfance. Elle est un peu racontée partout dans mes livres
- Oui tu ne veux pas dire le sordide ici, il est vrai que certains passages de tes romans sont d'une rare violence où tu te prêtes à une description « naturaliste » des conditions de vie de ta
famille(même si tu ne veux pas te la jouer à.la Zola) Tu n'as jamais peur des mots crus, des anecdotes sordides ou obscènes. Tu oses dire ton père aussi que tu n'idéalises pas mais que tu aimes
tant, ça se sent.
on fait ce qu'on peut
La seule chose que je peuxajouter au sujet de ma mère c’est ce poème :
LA FEMME DE MÉNAGE
Le seul plaisir que ma mère
a dû avoir dans sa vie de misère
c'est quand elle faisait
le ménage dans les maisons
des quartiers riches.
Pendant les longues heuresqu'elle passait à genoux
à cirer les parquets
des maisons des gens riches
elle se disait comme c'est beau ici
je me sens un peu comme chez moi
chaque fois que je fais le ménage ici.
Et pendant qu'elle astiquait
les meubles dernier cri des riches
époussetait leurs bibelotsfaisait leurs lits
lavait leur vaisselle
repassait leurs cols de chemises
en prenant bien soin
de ne pas faire de faux-plis
elle se disait qu'est-ce qu'ils ont
comme belles choses ces gens-là
tout en contemplant d'un air absent
ses mains gercées.
bon je crois que ca suffit pour la famille de ma mere
on parlera de la famille de mon pere
et apres on parle litterature - y en a marre du naturalisme de famille
bon tu gardes tout cela
madou regarde je viens de faire un montage des trucs qu'on s'ai deja dit au sujet du livre federman sans limites
2. j'ai mis tous les morceaux les uns apres les autres et on a deja 10 pages du bouquin
tu verras c'est vraiment un beau texte notre DEBUT -- un peu incoherent - mais justement c'est comme ca que ma vie a commencee -- comme j'ai ecrit dans ma mini-autobiographie - A Version of my Life
-- ca existe seulement en francais mais tiens pour le livre faudrait faire traduire -- peut-etre que nicole mallet le ferai - mais faudra la payer -- demande a catherine ce qu'elle pense d'avoir
dans le livre mon texte intitule -- Une version de ma vie -- c'est une trentaine de pages -- c'est le debut de ma vie --
je disdais - comme j'ai ecrit dans mon autobiographie -- my life began in incoherence and discontinuity
donc le debut de notre livre doit se faire dans l'incoherence et le manque de continuite -- dans le sorte de desordre qu'a ete le debut de ma vie -- et comment de ce desordre est sorti le dernier
des federman
ah oui faudrait aussi inclure dans le livre federman sans limits le texte que j'ai ecrit qui s'appelle Federman -- c'est au sujet du nom federman -- et dans ce texte je dis que je suis le dernier
de federman plus d'homme federman apres moi - ah mais il y a simone - et simone elle toute federman --
oui faudra aussi faire traduire ce texte -- tiens peut-etre que je le ferai moi-meme - c'est un texte que j'aime beaucoup -- et tu sais pourquoi
parce que moi je le trouve vraiment bien ce nom federman --il me va bien --
tiens faudra que tu me pose une question sur mon nom - ce qu'il veut dire -- et la dans la marge du livre on mettra mon texte federman
je precise - tout ce que je suis en train de t'ecrire ce ne sont pas des notes ou des idees vagues - c'est un morceau du livre que nous sommes en train d'ecrire -- tu mets tout ce que je viens de
t'ecrire dans le livre sans rien changer
ce livree doit montrer quand il s'est fait -- c'est a dire - self-reflexively - la maladie incurable de federman la self-reflexiveness --
et justement puisqu'en ce moment nous sommes en train de discuter les origins de ma vie c'est parfait --on colle Une version de ma vie ici
donc touche pas - on publie exactement comme on se parle
mais tout a coup j'ai une idee
si dans le livre on s'interpelait comme ca - toi tu dirais
Monsieur Federman pourriez-vous nous dire votre pere
et moi je repondrai
Mais justement Madame Delvigne j'allais vous parler de lui -- mone pere -- cet etranger parmi nous
Je t'avais envoyé ce message, mais il m'a été renvoyé...
J'essaie de nouveau :
Lire le journal, faire les mots croisés, préparer la bouffe, tailler ma barbe, me roules mes cigarettes, faire la cour à Marie-Hélène, faire des réussites, aller à la radio, me refaire du café...
Je suis en ce moment tellement occupé, que je n'ai même plus le temps d'écrire à mes meilleurs copains !...
"A quoi ça sert, la célébrité ?" que tu demandes... Bonne question ! En réalité, et de toi à moi, l'amitié, c'est quelque chose de beaucoup plus important que la célébrité.
Je t'embrasse, mon cher Moinous !
Alain
tiens c’est marrant mon cher Alain
moi aussi je t’avais envoyé un message ce matin mais il est revenu
je te disais un peu ce que moi je fais quand toi tu fais ce que tu fais
je me réveille en rouspétant que ça me fait mal partout
je baille je pisse je me fais des grimaces dans le miroir
je me brosse les dents je me décrotte le nez
là y ça prend du temps avec un tarin comme le mien
je gueule d’en haut à Erica
if breakfast is ready
et je l’entends en bas me gueuler
it’s been ready for ten minutes
je descends l’escalier
ce qui parfois peut-être pénible certains matins
surtout après une grande partie de golf la veille
et une nuit de mauvais rêves
et puis après eh ben je fais un peu ce que toi tu fais
je fais les choses qu’on doit faire
pour se maintenant
dans la célébrité
et toujours quelque chose arrive
pour nous emmerder avec cette question de célébrité
par exemple aujourd'hui
j’apprends que mon roman
Retour au fumier
a été choisi
pour Le Prix Grandgousier
que la compagnie
DES GRANDS VINS DE FRANCE
donne à un écrivain dont l’oeuvre est considérée
Hedoniste
tu te rends compte du coup que ca m’a fait
heureusement c’était pas pour
Le Prix Grand Cru des Vin de Saumur
là j’aurais vraiment été honteux
tout de suite je me mets à penser à mes copains
tu sais toi prigent le poulailler zozios stephane sébatien
et toute l’équipe de Al dante
erica simone nathalie laure anne-laure pascale marie-hélène
et tant d’autres
oui qu’est qu’on ferait sans les femmes
demandait un jour le Grand Sam
non c'est pas comme ca qu'il la dit
il a dit
que ferions-nous sans les femmes
c'est plus élégant
c'est mieux dit
lui Sam il savait écrire
moi dans les écritures je bafouille plutôt
mais quand même je me demandais
qu’est-ce qu’on serait sans les copains et les copines
alors comment leur annoncer à mes copains et copines
que je vais peut-être gagner
Le Prix du grandgousier
de la compagnie
DES GRANDS VINS DE FRANCE
parce que je suis un hedoniste
et moi qui me croyais un joyeux cynique
oui un joyeux cynique
comme a prouver mon copain
Ian Cutler en Angleterre
bon eh bien après avoir reçu cette bouleversante nouvelleje me suis remis à faire ce que je faisais avant
travailler sur le bouquin que je suis en train de fignoler
mais sans fumer des cigarettes dégueulasses comme toi
moi je fume plus moi je tiens le coup sans fumer
sauf peut-être comme ça de temps en temps le soir tout seul
quand j'essaye de ne plus penser à ma célébrité
je m’envoie une petite jointe en douce
et alors je me met à écrire des petits messages à mes copainsmais parfois les messages reviennent
disant adresse inconnue ou personne inconnue
tu te rends compte Alain où ça te mène la célébrité
directement à .... merde j’oublie le nom de l’asile de fous
où mon oncle Nathan Abramovich est mort
.mais tu vois ce que je veux dire
j'essayais de te dire aussi bien que toi
que l'amitié ça bouffe autant de temps que la célébrité
et puis l'amitié ça dure plus longtemps
Tu aimes beaucoup lire en public, là c;est jouissif? Es-tu davantage dans le principe de séduction lors de ce que nous pourrions appeler des performances?
Oui, c’est vrai, j’aime lire en public. Mais pour un bonne raison. J’ai besoin d’avoir quelqu’un pour m’écouter afin d’authentiquer ce que j’écris, mais aussi pour affirmer que je suis
encore en vie. Donc plus il y a d’écouteurs plus je me en vie. C’est pour cette raison que dans Amer Eldorado plus le récit avance, plus il y a d’auditeurs. Et plus il
y a d’auditeurs plus cela authentique ce que je suis en train de raconter. Et c’est juste de dire qu’il y a là un principe de séduction – principe que Roland Barthes explique bien
dans Le plaisir du texte.
Moi j’explique ça autrement dans ce poème :
Le chemin pierreux
et si je me racontais mon histoire
après tout raconter est un exercice
de séduction et de pouvoir
comme ça je pourrais me séduire
moi-même et devenir plus fort
il est vrai que le long du chemin
qui m’a conduit jusqu’ici
j'ai souvent trébuché
et quand je tombais
je me relevais vite
me disant que personne
ne m'avait vu et je continuais
me disant c'était un accident
c’était la fatalité que jusqu'ici
je niais avec effronterie
qui m’avait fait un croche-pied
et je repartais clopin-clopant
me disant tout va bien
la chute n'était pas une chute
les pierres sur la route
n'étaient pas des pierres
et même si certains se moquaient
de moi d'autres m'encourageaient
me disant que j'avais une belle histoire
en moi et qu'il me fallait me la raconter
Oui, c’est ça, j’ai besoin d’être encouragé par les autres - ceux qui viennent m’écouter lire.
La citation que j’ai mis au début d’Amer Eldorado est une autre manière de répondre à cette question :
Il existe beaucoup plus de langages qu'on ne pense : et l'homme se trahit beaucoup plus souvent qu'il ne désire. Que de choses ne parlent! mais il est toujours peu d'auditeurs, si bien que l'homme
ne fait pour ainsi dire que bavarder dans le vide quand il se répand en confessions : il gaspille ses « vérités », comme le soleil sa lumière. Est-ce assez dommage que le vide n’ait pas
d'oreilles?
Nietzsche
Tu as aussi enregistrer certans de tes textes ou lu à la radio. The Voice in the Closet est sur CD. Comment as-tu enregistré ce texte.
Oui c’est vrai, j’ai fait beaucoup d’enregistrements de mes écrits -- fiction et poésie – mais surtout en anglais. En français seulement une fois pour France Culture – le programme Les
Ateliers d’écriture – un enregistrement de Mon corps en neuf parties. Il se peut qu’on m’ait enregistré en France sans que je le sache quand je faisais des lectures. En
Amérique j’ai fait un nombre d’enregistrements professionnels. Mais aussi des enregistrements personnels. Souvent quand je finis un texte je le parle sur mon petit tape
recorder Sony. J’ai besoin d’entendre ce que j’écris. Ça me permet aussi de comprendre ce que j’écris. Car, pour te dire la vérité, quand j’écris je ne suis pas sûr
que je comprends ce que j’écris.
J’ai d’abord enregistré The Voice in the Closet pour la radio allemande a Munich. La Bayerischer Runfunk faisait un pièce radiophonique de ce texte, et le directeur des Horspiel a eu l’idée
de me faire enregistrer tout le texte [la version anglaise]. Cette enregistrement est passé à la Radio le jour avant que la pièce radiophonique soit jouée.
C’est cet enregistrement qui a servi a la compagnie VOYS de Minneapolis de faire le CD.
Après ça VOYS m’a aussi demandé de faire un CD de Take It or Leave It [la version anglaise d’Amer Eldorado].
Je devrai aussi mentionner qu’en Allemagne DeHorVerlag a mis en Audio Books quatre de mes romans traduits en allemand.
Je devrais aussi mentionner les quatre CD de jazz et poésie que j’ai fait avec le groupe de Jazz Art de Fakt de Aix-la-Chapelle.
Et j’ai un autre CD, fait en Allemagne par Intermedium, qui s’appelle The whole thing’s coming out of the dark. Un enregistrement de textes de Samuel Beckett. L’acteur irlandais Barry
McGovern a enregistré un passage de Molloy, Nathasha Parry Compagnie, et moi L’image.
Il faudrait peut-être que je mentionne aussi les deux ballets modernes que Jacalyn Carley de la compagnie Tanz Fabrik de Berlin a chorégraphiés. Et pourquoi pas mentionné aussi la programme
musicale que le musicien de jazz Michael Riessler a composé a partir de mon livre Loose Shoes. J’ai moi-même participé sur scène dans les 5 concerts que nous avons donné en
Allemagne.
Bon assez pour le moment. Je pourrais aussi te parler des adaptation sur scène de mes romans. Mais tu sais déjà ça. Et puis si je continue comme ça nos lecteurs vont se dire, quel
exagérateur ce Federman. Quel menteur.
Et pourtant je devrais quand même parler de ma carrière d’acteur. La prochaine fois peut-être
le WE prochain je te pose une question me trotte dans la tête :
Pourquoi tu dis que tu as toujours mal aux pieds????????????
deux reponses faciles pour cette question - que je pourrais bien sure extemporiser quand le moment viendra
reponse numero un : on etait si pauvre quand j'etais gosse me mere ne pouvait pas m;acheter des chaussures plus grandes quand mes pieds grandissaient -- donc j'avais toujours mal au pieds quand
j'etais gosse parce que mes chaussures etaient trop petites -- pour en avoir des plus grandes il fallait attendre que les vieilles chaussures de mon cousin marco ne lui aillent plu ou ne lui
plaisent plus - -eux ils etaient riches le parents de marco -- pour qu'il me les refile
reponse numero deux : encore plus simple -- d'avoir porte de sabots en bois pendant trois ans dans la ferme [et la madou on mettra dans la marche le passage des sabots dans Retour au fumier]
tu vois comme le livre avance bien
copie ca immediatement - et met le dans le fichier Federman sans limits --
et moi je copie aussi --
je crois que tu viens d'etablir le ton du livre -- des questions comme celle-la -- sur les pieds de federman -- tu pourrais ensuite faire tout le corps -- et quand tu arriveras a la cicatrice sur
mon genou gauche eh bien la on mettra dans la marche la scene de charlot le taureau qui me courait au cul
tu vois comme tu m'inspires - allez-va-y continue --
--
je sais comment on va resoudre le probleme de mon texte pour AU PERE
4. puisque catherine veut du neuf
il va falloir que je re-invente mon pere a partir d'autres faits
alors voila comment on resoud
tu me poses cette question dans LE LIVRE
federman dis-nous le verite sur ton pere
[j'ai decide aussi que pour le livre tu me diras toujours federman -- comme ci federman etait un pronom personel]
et moi en repondant a ta question j'aurai ecrit le texte pour Au Pere
comme on dit ici - I would have killed a bird with two stones --
le titre de ma reponse
MON PERE CET ETRANGER PARMI NOUS
et je commencerai en racontant comment mon pere est reste un etranger en france parce qu'on lui a refuse la nationalite francaise a cause de ses activities politiques -- ce sale youpin trostskyste
--
et puis apres je dirai comment cet etranger etait aussi un etranger non seulement dans la famille de ma mere mais meme chez nous puisque tres souvent il rentrait pas coucher
et je pourrais aussi raconter comment lui et moi on ecouter sa chanson preferee Ramona pendant qu'il me grattait l'omoplate gauche
oui je serai bien sur force de me repeter un peu parce que y a pas grand chose a raconter sur l'etranger qu'etait mon pere parmi nous
faudra bien sur que je parle de me mere en meme temps parce que mon pere la rendez drolement malheureuse
faudra aussi que je raconte comment un jour mon pere m'a attrape en train de fumer une cigarette - j'avais dans les 10 ans - et comment apres avoir senti la fumee dans ma bouche il m'a battu avec
sa pasick [une ceinture en yiddish]
ca veut dire que mon pere avait un sens de moralite envers les cigarettes meme si lui meme tuberculeux qu’il etait fumait 3 paquets de gitanes par jour
voila
qu'est-ce tu penses
parfait
dis ca a catherine
que federman va refaire du pere
QUE DIRE DE MA MÈRE
Je sais pas grand chose sur les origines de ma mère. Je te fais une petite histoire de ce que je sais.
Je commence avec les détails donnés sur l’Extrait des minutes des actes de Naissance du 5ème Arrondissement de Paris – Année 1902.
Je ne sais pas comment j’ai obtenu ce document. Il était sans doute dans la boîte à chaussure que j’ai trouvé dans une débarras quand je suis revenu à Paris après la guerre.
Voici ce qui est dit sur ce vieux papier jauni. Je cite exactement.
Le dix septembre mil neuf deux, une heure du soir, est née rue Saint Séverin 8, Marguerite, du sexe féminin; de Salomon EPSTEIN et de Rose VARSELDORF, SON Épouse. MariEe à Paris, 4ème,
le vingt-huit janvier mil neuf cent vingt-six, avec Szama FEDERMAN.
Pour extrait conforme
Paris, le cinq décembre mil neuf cent quarant-et-un
Voilà les faits essentiels. Sur cet extrait il y à un timbre qui dit Papier Spécial 9F.
Je n’ai aucune idée pourquoi ma mère avait besoin de ce document en 1941. Sans doute pour prouver son identité en temps que juive française puisque c’est à peu près à cette date qu’elle a dû
coudre l’étoile jaune sur ses vêtements et ceux de son mari et de ses enfants.
Tu remarqueras que le prénom de mon père est donné comme Szama, qui était son nom juif. Je ne sais pas si Szama veut vraiment dire Simon. Le nom sous lequel je connaissais monp
père.
En tout cas mon père a épousé ma mère en 1926. Elle avait 24 ans. Mon père, en avait 22. Il était plus jeune que ma mère. Ma soeur, Sarah, leur premier enfant, est née le 21
octobre.
Ma mère avait 5 soeurs et deux frères.
Voici l’ordre de la naissance des 8 Epstein.
Fanny
Jean
Marie
Léa
Marguerite
Maurice
Rachel
Sarah
Sauf pour Marguerite tous les oncles et tantes sont morts après la guerre d’une mort naturelle.
Tous entre 75 à 80 ans. Ma mère n’avait pas encore 40 ans quand on l’a exterminée à Auschwitz. Il y a des documents qui confirment ceci.
Je m’imaginais toujours que mes grands-parents maternels venaient de Pologne. Mais un jour, après la guerre, quand je suis revenu à Paris je visitais ma tante Fanny, que j’aimais bien,
mais dont je détestais son mari, oncle Nathan, qui a fini sa vie dans un asile de fou. Mais ça c’est une autre histoire. Je demandais à ma tante de me dire d’où en Pologne mes
grands-parents étaient venus. Tante Fanny me dit : Oh non, mon père et ma mère vivaient en Palestine. Oui, nous sommes des juifs palestiniens. Mais de Palestine nos parents
sont partis en Pologne. Me demande pas pourquoi. C’était de la folie. Moi et ton oncle Jean, nous sommes nés en Palestine. Marie et Léa en Pologne. Ta mère Margot
[c’est comme ca que tout le monde dans la famille appelait ma mère] était la première à être née en France. Et les trois autres après elle.
Voilà donc pour les origines de ma mère. Tous les membres de cette famille parlait Yiddish.
J’ai connu ma grand-mère mais non pas mon grand-père qui est mort en 1910. Je raconte dans La Fourrure de ma Tante Rachel comment il est mort pendant la grand inondation de Paris en
1910. Veuve avec 8 enfants, ma grand-mère mis trois des enfants dans un orphelinat juif. La maison Rotschild. Marguerite, Maurice, Rachel. Je raconte un peu dans
La Fourrure de ma Tante Rachel ce qu’était leur vie dans cet orphelinat, et comment tante Rachel s’échappa à l’âge de 14 ans. L’histoire de l’orphelinat c’est de ma mère que je la tiens/
Fanny, Jean, et Marie ont dû travailler pour soutenir la famille. Sarah, qui n’avait que quelques mois quand le grand-père est mort est restée avec la grand-mère.
Ma mère est restait dans l’orphelinat jusqu’à l’âge de 18 ans. Quand elle est sortie elle faisait de la couture. Il se peut, mais je n’ai aucunes preuves, que son mariage ait été
arrangé par la Maison Rotschild, ce qui se faisait souvent à l’époque. Szama Federman étant arrivé de Pologne sans un sou, la Maison Rotschild donnait une petite dot aux orphelines quand
elles avaient l’âge de sortir de l’orphelinat et arrangeaient même leur mariage.
Ma mère n’était pas très belle. Petite. Et en plus elle louchait. Mais elle avait un coeur d’or, comme on dit. Et tout le monde après la guerre disait que c’était une
sainte.
Je crois que j’étais le chouchou de ma mère. J’étais tellement chétif, peureux, timide, rachitique quand j’étais petit garçon, ma mère essayait toujours de me protéger. Et elle me
donnait toujours un peu plus à manger qu’à mes deux soeurs, Sarah et Jacqueline.
Une fois, même, c’était mon anniversaire, et ma mère m’a acheté un éclair au chocolat quand on était dans une boulangerie, mais elle m’a dit de la manger dans la rue et de ne rien dire à mes
soeurs. Elle n’avait pas assez d’argent pour pouvoir acheter trois éclairs. On était très pauvre. Ça c’est parce que mon père ne pouvait pas travailler. Il était
tuberculeux.
Bon je saute le reste de la sordide histoire de mon enfance. Elle est un peu racontée partout dans mes livres.
La seule chose que je ajouter au sujet de ma mère c’est ce poème :
LA FEMME DE MÉNAGE
Le seul plaisir que ma mère
a dû avoir dans sa vie de misère
c'est quand elle faisait
le ménage dans les maisons
des quartiers riches.
Pendant les longues heures
qu'elle passait à genoux
à cirer les parquets
des maisons des gens riches
elle se disait comme c'est beau ici
je me sens un peu comme chez moi
chaque fois que je fais le ménage ici.
Et pendant qu'elle astiquait
les meubles dernier cri des riches
époussetait leurs bibelots
faisait leurs lits
lavait leur vaisselle
repassait leurs cols de chemises
en prenant bien soin
de ne pas faire de faux-plis
elle se disait qu'est-ce qu'ils ont
comme belles choses ces gens-là
tout en contemplant d'un air absent
ses mains gercées.
Il y a ds années de cela, quand Federman écrivait son grand roman, Take It or Leave It, il inventa la laughterature. Très peu de gens on remarqué que dans ce mot on entend les deux
langues qui sont en Federman. Federman rit en anglais et rature ce rire en français. Car comme son ami Sam l’a si bien dit : rire ou pleurer c’est la même chose à la fin.
Pour répondre à la question qu’on me pose tout le temps let’s see let me think non je ne sens pas qu’il y a un espace entre les deux langues qui parlent en moi yes perhaps just a little space au
contraire more or less if you wish] pour moi mes deux langues semblent plutôt se chevaucher and even sleep together elles veulent tout le temps jouir ensemble they want to come together s’embrasser
tenderly elles veulent être l’une dans l’autre be only one ou si vous préférez it’s all the same to me elles veulent se corrompre as much as possible je ne sens pas comme certains bilinguistes ont
affirmé without proving it qu’une langue est verticale en moi tandis que l’autre est horizontale not at all j’ai plutôt l’impression que mes deux langues sont ou droites ou allongées dans la même
direction always leaning towards each other parfois verticalement from top to bottom parfois horizontalement from side to side cela dépend de leur humeur et de leurs désirs they are very
passionate you know bien que parfois mes deux langues se disputent ou se font concurrence dans une vague région de mon cerveau normally in the upper part of my brain le plus souvent elles jouent
ensemble some very strange games surtout quand je fais pas attention when I am alseep je crois que mes deux langues sont amoureuses l’une de l’autre it wouldn’t surprise me the way they act et je
les ai attrapées une fois en train de faire l’amour derrière mon dos yes I saw them by chance mais je ne peux pas vous dire laquelle est féminine et laquelle est masculine personally I don’t give a
damn peut-être qu’elles sont androgynes it’s quite possible
to answer the question I’m always asked voyons réfléchissons no I do not feel that there is a space between the two tongues that talk in me oui peut-être un tout petit
espace on the contrary plus ou moins si on veut for me the one and the other seem to overlap et même coucher ensemble to want to merge oui se mettre l’une dans l’autre to want to come together
jouir ensemble to want to embrace one another tendrement to want to mesh one into the other n’être qu’une or if you prefer ça m’est égal they want to spoil and corrupt each other autant que
possible I do not feel as some other bilingualists have affirmed that one tongue is vertical in me the other horizontal pas du tout iIf anything my tongues seem to be standing or lying always
in the same direction toujours penchées l’une vers l’autre sometimes vertically de haut en bas other times horizontally d’un côté à l’autre depending on their moods or their desires elles sont
très passionnées vous savez though these two tongues in me occasionally compete with one another in some vague region of my brain normalement dans la partie supérieure de mon cerveau more
often they play with one another des jeux très étranges especially when I am not looking quand je dors I believe that my two tongues love each other cela ne m’étonnerait pas and I have on occasion
caught them having intercourse behind my back je les ai vues une fois par hasard but I cannot tell which is feminine and which is masculine personnellement on s’en fout perhaps
they are both androgynous c’est très possible
bon voila, je crois que cette mise en scène de mes deux langues montre bien comment elles fonctionnent ensemble, comment elles jouissent l’une de l’autre. Le Petit Larousse il devrait faire
plus attention au statut de certains individus comme moi pour dire des conneries comme ça sur la diglossie.
Bon je passe à la question suivante
Qu’est-ce que la schizoglossie ?
C’est une diglossie amplifiée pathologique. Les deux langues sont en conflit total et pathologique au sein d’une même personne. Alors que la diglossie est plus inconsciente et plus automatique.
Alors ce coup-ci cette définition me met vraiment en boule. Il n’y a rien de pathologique dans les rapports que mes deux langues ont en moi. Et d’ailleurs tu sais ce que je pense
de la psychopipipapathologie.
Je voudrais aussi ajouter que mes ne sont pas localisée seulement dans mes seins. Elles sont partout en moi. Même là où je peux pas dire ici.
Eh ben finalement t’as répondu à ta question toi-même en me donnant cette définition à la branque, donc rien à ajouter ici.
Bon continuons.
1)Voilà des définitions sérieuses des mots diglossie et schizoglossie Qu'en penses-tu?
Sérieuses, tu dis. Moi je dirais plutôt déprimantes et vachement cacadémiques. Et tu sais ce que je pense de se genre de langage qui se tortille pour déféquer ce qu’il veut
dire.
2) Alors on invente le mot schizolanguie pour s'en sortir? C'est un néologisme de ton cru? (ça date de quand? c'est apparu où?)
C’est moi qui a inventè ce mot ? Je me souviens plus où et quand et pourquoi et comment. Je me souviens d’avoir inventé le mot Lingovert pour décrire le statut de mon
bilinguisme. C’était quand j’écrivais La fourrure de ma tante Rachel.
Tiens je te cite le passage ou j’ai mis le mot lingovert pour la première fois. C’était quand Namredef, l’écrivain protagoniste du roman, explique à Gaston, ce petit con d’éditeur en herbe, ce que
c’est de vivre avec deux langues.
Oui c'est vrai Gaston que c'est dans la langue française que j'ai souffert le plus dans ma vie, et c'est pour ça que j'ai voulu m'en sortir, maintenant tu vois je fais partie de cette notable
exception de multilingues, ces lingoverts, comme mon copain Peter Wortsman nous appelle, ah s'il est bien mon copain Wortsman, il a le don pour inventer des mots, c'est pas mal
lingoverts pour les transplantés du langage qui mettent le bordel dans les lettres étrangères, oui moi j'appartiens à cette formidable légion étrangère de la littérature qui est faite
d'aristocrates en fuite, de déportés politiques, d'aventuriers indigents, de voyageurs sans bagages, de soldats de fortune, d'intellectuels itinérants, de réfugiés de toutes sortes qui
saute-moutonnent les frontières linguistiques et géopolitiques et ce faisant créent une tradition littéraire parallèle qu'on peut appeler la littérature de l'ailleurs, en somme moi je suis un
écrivain d'ailleurs, en tant que Français qui vis en exil j'ai, si tu veux, saute-grenouillé de l'autre côté de l'Atlantique et c'est pour ça qu'on m'appelle un frog là-bas ...
Tiens maintenant je me rappelle. C’est pas moi qui a inventé le mot lingovert. C’est mon copain Peter Wortsman. Bon, je lui ai piqué son mot. Je fais ça tout le temps
comme tu sais. Il se peut donc que j’ai aussi inventé [ou piqué c’est la même chose puisque je fais toujours du plajeu quand j’écris] le mot
schizolanguie. Mais je crois pas. C’est pas un mot qui plaît au regard. Et puis aussi ce mot c’est pas facile a prononcer. Non, ça languit drop dans la
bouche.
Pas mal cette réponse, tu trouves pas. J’suis vachement en forme aujourd’hui.
Je roule pour vous , comme ça se disait jadis sur les camions.